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La cour d’appel condamne le Moulin Rouge pour discrimination raciale

La cour d’appel de Paris a jugé vendredi que le refus d’embaucher des personnes de couleur pour travailler en salle, au restaurant du Moulin Rouge, était une "politique d’embauche décidée par les organes de direction".

Elle a donc condamné l’Association du restaurant du bal du Moulin Rouge à payer 10.000 euros d’amende, confirmant ainsi le jugement de première instance du 22 novembre 2002, contre lequel cette association avait fait appel.

Mais, tout en retenant que cette politique était le fait de l’employeur de Micheline Beuzit, la secrétaire de l’association, elle a aussi condamné celle-ci à payer 1.500 euros d’amende.

Cette amende constitue une réduction de peine pour Mme Beuzit, qui avait été condamnée en première instance à 3.000 euros d’amende. La cour d’appel relève cependant dans son arrêt que Mme Beuzit avait été sanctionnée par le Moulin Rouge pour avoir expliqué aux enquêteurs de la mission locale pour l’emploi de Paris et de l’inspection du Travail, que l’association ne "prenait pas de gens de couleur en salle".

A l’origine de l’affaire, un jeune Sénégalais de 22 ans, Abdoulaye Marega qui s’était présenté le 27 novembre 2000 pour devenir commis de salle. A la même époque, Mickaël Fondaumière, 24 ans, d’origine antillaise, avait présenté sa candidature. Mais tous deux avaient été éconduits car ils ne maîtrisaient ni l’anglais ni l’espagnol.

Or, un jeune Hollandais, explique la cour d’appel, avait été embauché alors qu’il ne maîtrisait ni le français ni l’espagnol.

Les contrôles du personnel avaient alors révélé qu’aucun noir n’avait été embauché depuis 1962, selon le président de l’association qui imputait cette situation à l’absence de candidats.

Les contrôles avaient aussi révélé que si le personnel de salle était uniquement blanc, le personnel de cuisine était entièrement d’origine africaine.

Le tout était complété par l’affirmation d’un des maîtres d’hôtel qui avait affirmé qu’il n’était "pas d’usage dans la maison de recruter des gens de couleur".

La condamnation prononcée vendredi pour ces faits devra être publiée par Le Parisien et Le Monde, a jugé la cour d’appel.

Le vice-président de SOS Racisme Samuel Thomas s’est déclaré "satisfait" de cette décision. Il s’est notamment félicité que la cour d’appel ait admis comme preuve les enregistrements des propos de Mme Beuzit, pourtant réalisés à l’insu de l’intéressée.

SOS Racisme avait organisé au début de l’année 2001 une opération de "testing", enregistrant Mme Beuzit avec une caméra cachée. Cette association a obtenu 2.300 euros de dommages-intérêts.

M. Marega, devenu français jeudi, a obtenu 4.500 euros.


samedi 18 octobre 2003